Page:Jean de Rotrou-Oeuvres Vol.4-1820.djvu/31

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Le respect de l'accord entre nous arrêté,

Et que j'observe après celui de la naissance, [290]

Une vertu si lâche excède ma puissance ;

Il faut trop de faiblesse à pouvoir l'exercer ;

On étouffe aisément qui se laisse presser.

Non, ma mère elle-même, au milieu de nos armes ;

Ni mes sœurs à mes pieds, les yeux baignés de larmes ; [295]

Quelque droit d'Antigone ait dessus mes esprits,

Ne détourneraient pas le dessein que j'ai pris ;

Ou sa vie ou la mienne, importunes sangsues,

Doivent crever du sang dont elles sont repues.

M'en reste-t-il à boire, et ne voudriez-vous point [300]

Qu'à ce que j'en ai pris le vôtre encore fût joint ?

Tydée, oui de tes jours j'ai la course bornée ;

Des tiens, Hypomédon ; et des tiens, Capanée :

Par moi, braves héros, sont veuves à la fois

Vos femmes de maris, et vos villes de rois ; [305]

Et sans confusion je verrais le veuvage !

Non, non, trop de justice à ce devoir m'engage,

Et trop de honte est joint à mon retardement.


Il embrasse Argie.


Adieu, vous que mon cœur aima si tendrement,

Et que le ciel doua d'une vertu si rare ; [310]

Un éternel adieu peut-être nous sépare :

Mais montrez votre force à dompter vos douleurs,

Et ne l'obligez point à la honte des pleurs.

Et vous, sage vieillard, digne d'un autre gendre,

Ayez soin que la terre au moins couvre ma cendre, [315]

Et m'ouvrez le passage en l'empire des morts,

Dérobant aux corbeaux le butin de mon corps :

Après pour votre fille employez votre zèle,

Trouvez-lui dans le Grèce une parti digne d'elle,