Page:Jean de Rotrou-Oeuvres Vol.4-1820.djvu/42

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Tout un peuple ennemi marche dessus vos pas ;

Vous lui sacrifiez votre natale terre :

Enfin sans vous, mon fils, je n'aurais spas la guerre ;

Mais sans la guerre aussi je ne vous aurais pas.


Polynice

Tout un peuple allié marche dessus mes pas [560]

Pour me rendre mes droits et ma natale terre :

Il est vrai que sans moi vous n'auriez pas la guerre ;

Mais sans la guerre aussi je ne vous aurais pas.


Eteocle

Tout un peuple ennemi marche dessus vos pas

Et ne vous rendra point votre natale terre : [565]

Il est vrai que sans vous Thèbes serait sans guerre ;

Mais elle aura la guerre et vous ne l'aurez pas.


Jocaste

Tout mon sang, de frayeur en mes veines se glace.

Ma prière, cruels, n'obtient donc point de grâce ?

Je n'ai pouvoir, crédit, autorité, ni rang, [570]

Et ne puis accorder mon sang avec mon sang ?


Polynice

Ne vous semble-t-il point que la gloire d'un prince

Soit d'errer vagabond de province en province ?

Chasse de mes pays, de mes biens, de ma cour,

De mon partage encore dois-je point de retour ? [575]

Que pourrais-je avoir pis si j'étais le parjure,

Si j'avais violé les droits de la nature ?

Il faut qu'un traître règne, et que j'en sois banni !

Il sera coupable, et je serai puni !

Non, non ; le droit l'ordonne, en première maxime, [580]

Le prix à l'innocence et le supplice au crime :