Page:Jean de Rotrou-Oeuvres Vol.4-1820.djvu/45

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Plus est permis aux rois à qui plus on s'oppose ;

Une lâche douleur au mépris les expose :

Le peuple, trop aisé, les lie en les aimant ;

Il faut pour être aimé régner trop mollement.


Jocaste

L'amour de ses sujets est une sûre garde. [620]


Polynice

Souvent qui trop se fie aussi trop se hasarde.

Mais ne m'opposez plus d'inutiles avis.

Parle, ma passion; les tiens seront suivis :

Passe au dernier excès que peut faire paraître

L'amour d'une couronne et la haine d'un traître. [625]

Je ne puis d'aucun prix, tant fût-il infini,

Voir l'une trop payée et l'autre trop puni.


Jocaste

Bien, puisque ni sanglots, ni prières, ni larmes

Ne peuvent de vos mains faire tomber les armes,

Et qu'avec que raison je vous puis reprocher [630]

Que vous partez un cœur aussi dur qu'un rocher,

Je conjure des dieux la puissance suprême

De me faire venger par votre refus même ;

Et vous souhaite encore quelque malheur plus grand

Que celui que promet ce mortel différend. [635]

Une invincible ardeur en mes veines s'allume,

Qui d'un secret effort jusqu'aux os me consume ;

Ma constance est à bout, la nature se tait,

La fureur me possède, et ce malheur me plaît.

Adieu, non plus mes fils, mais odieuses pestes, [640]

Et détestables fruits de meurtres et d'incestes :

Vous ne mourrez pas seuls, et je suivrai vos pas

Pour vous persécuter même jusqu'au trépas.


Elle sort furieuse.



Premier Capitaine