Page:Jean de Rotrou-Oeuvres Vol.4-1820.djvu/66

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Et la douceur y trace une secrète voie

Par où le joug passant se reçoit avec joie :

La rigueur, au contraire, en ces événements [1065]

Jette au pouvoir des rois de mauvais fondements ;

À peine il s'établit qu'on souhaite qu'il cesse,

Et tout joug nous déplaît quand d'abord il nous presse.

Sire, outre ces raisons, qui votre piété

Lie aujourd'hui les mains de votre autorité ; [1070]

Donnez à votre règne un favorable augure ;

Accordez la justice avec que la nature :

Régnez sur les esprits premier que sur les corps,

Faites honneur aux dieux en faisant grâce aux morts.


Créon

Ô fou raisonnablement ! Spécieuse faiblesse ! [1075]

Sur toute lâcheté ce faux zèle me blesse :

Quoi donc ! Pour une impie il faut être pieux,

Et faire grâce au crime est faire honneur aux Dieux !

Depuis quand des deux points d'où dépend la justice

À leur sacré conseil retranché le supplice, [1080]

Et fait, par un désordre à leur gloire fatal,

De la source du bien la semence du mal ?

Quoi ! Venir, embrasé dune aveugle furie,

Verser le sang des siens, ruiner sa patrie,

La rage dans le cœur et les armes au poing, [1085]

Est être cher aux dieux et mériter leur soin !

Non, non, c'est de nos maux faire le ciel complice ;

C'est de la piété faire un appât au vice :

Contredire son roi sur un si juste arrêt,

C'est ne pouvoir plier sous un joug qui déplaît, [1090]

Et du zèle indiscret et partisan du crime

Pallier le refus d'un zèle légitime.

Mais, o l'on m'ôtera la qualité de roi,