Page:Jean de Rotrou-Oeuvres Vol.4-1820.djvu/79

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Et, sans me départir de leur autorité,

Ne puis rien épouser que votre volonté.


Créon

Aussi par la raison de la seule naissance,

N'attendais-je pas moins de votre obéissance.

Ils ont mêmes amis et mêmes ennemis : [1340]

Mais le père, d'un fils à ses desseins contraires,

S'est formé de soi-même un mortel adversaire ;

Il s'entretient la guerre et nourrit un poison

Doux à ses ennemis, funeste à sa maison.

Il ne faut pas, Hémon, que l'amour d'une femme [1345]

Jusqu'à ce point nous gagne et nous aveugle l'âme,

Qu'alors que le mal presse on n'en puisse guérir,

Et que nous nous perdions afin de l'acquérir.

L'intérêt de mon fils trop justement me touche

Pour souffrir qu'il reçoive un serpent en sa couche : [1350]

Une mauvaise femme est un méchant ami

Que veillant on doit craindre, et bien plus endormi ;

Et quiconque à sa foi jour et nuit se hasarde

Se met entre les mains d'une mauvaise garde.

Cette seule rebelle, entre tous mes sujets, [1355]

Censure mes édits, attaque mes projets,

Et trace des chemins à toute la province

Pour le mépris des lois et la honte d'un prince.

Dans les dessins d'un roi, comme dans ceux des dieux,

De fidèles sujets doivent fermer les yeux, [1360]

Et, soumettant leur sens au pourvoir des couronnes,

Quelles que soient les lois, croire qu'elles sont bonnes.


Hémon

Les dieux ne mettent pas en tous entendements

Ni pareilles clartés, ni même sentiments.