Page:Jean de Rotrou-Oeuvres Vol.4-1820.djvu/80

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Je veux que cette offense attaque votre gloire ; [1365]

Mais qui l'osa commette a pu ne la pas croire :

En effet, qui croirait aller contre vos lois,

Suivant celles des dieux qui sont maîtres des rois ?

Moi, Monsieur, qui sans feinte et vous prise et vous aime

Comme auteur de ma vie et source de moi-même, [1370]

Qui vous souhaite un règne et glorieux et doux,

Et, pour dire en un mot, qui soit digne de vous,

Je cueille les vais partout où je me trouve,

J'entends ce qu'on estime et ce qu'on désapprouve,

Pour profiter pour vous et vous en faire part, [1375]

À vous à qui moi seul ose parler sans fard.

Jamais le vérité, cette fille timide,

Pour entrer chez les rois ne trouve qui la guide :

Au lieu que le mensonge a mille partisans,

Et vous est présenté pas tous vos courtisans. [1380]

Seul je vous dirai donc que le commun murmure

Accuse votre arrêt d'offenser la nature ;

Qu'aussi, l'on n'attend pas de votre passion

L'injuste châtiment d'une bonne action.

Antigone, dit-on prit une honnête audace [1385]

Que le roi punira de la seule menace ;

Ce qu'elle a fait est juste, et dans tous les esprits,

Hors celui de Créon, son crime aura des prix ;

C'est à peu près, Monsieur, ce que je viens d'entendre,

Et ce que mon devoir m'oblige à vous apprendre. [1390]

Déférez quelque chose au sentiment commun ;

Le plus savant se trompe, et deux yeux font plus qu'un.

Un changement d'avis, quand la raison en presse,

N'est pas une action contraire à la sagesse :

Ne voir que pas son sens est le propre des dieux, [1395]

Comme il l'est des mortels de voir par beaucoup d'yeux.


Ephise