Page:Jean de Rotrou-Oeuvres Vol.4-1820.djvu/88

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On m'arrache la vie, et tel est mon destin [1535]

Qu'il faut encore baiser les mains de l'assassin !

Il faut souffrir sans rendre, il faut voir et se taire,

Et pour toute raisons, qui m'attaque est mon père.

Ne punissons donc point, mais repoussons les coups,

Et, ne l'attaquant pas, au moins défendons-nous. [1540]

Que son bras, s'il se peut, nous immole à sa haine ;

Mais, s'il se peut aussi, faisons qu'elle soit vaine.

Forçons l'antre funeste où l'on tient enfermé

Ce miracle d'amour, ce chef d’œuvre animé :

Pour un si beau dessin il n'est port trop close. [1545]

Allons, et si quelqu'un à nos efforts s'oppose,

Également épris de colère et d'amour,

Ou faisons qu'il y laisse, ou laissons-y le jour.


Il sort.



Scène IV


Créon, Éphise



Créon

Non, Éphise, il importe au soutien de ma gloire

Que de ce châtiment je laisse la mémoire : [1550]

Mon règne naît encore, et cette impunité

Porterait conséquence à mon autorité.

Quels mutins sous mes lois se laisseront réduire,

Si les miens les premiers tâchent de les détruire,

Et si qui contrevient à ce que je défends [1555]

Trouve des partisans en mes propres enfants ?


Ephise

Sire, il est amoureux.


Créon