Page:Jean de Rotrou-Oeuvres Vol.4-1820.djvu/91

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Surtout, pour votre bien, croyez-moi désormais,

Car le besoin en presse, ou n'en pressa jamais. [1580]


Créon

Ô dieux ! Quelle frayeur m'excite ce langage !


Tyrésie

Bien moindre que ne doit ce funeste présage.

Écoutez : ce matin, sur ces proches coteaux

Nus observions le chant et le vol des oiseaux,

Lorsque l'horrible cri d'une troupe d'orfraies, [1585]

D'infaillibles malheurs messagères trop vraies,

A rempli d'un grand bruit tous les lieux d'alentour,

Et n'a point respecté la naissance du jour :

Un nombre de corbeaux aussi funestes qu'elles,

Leur livrant un combat de becs, d'ongles et d'ailes, [1590]

A quelque temps après redoublé mon émoi,

Et quelques plumes même en ont tombé sur moi.

Je cours au temple alors, où la lampe allumée

Jette, au lieu de lumière, une noire fumée

Dont l'épaisseur corrompt la pureté de l'air, [1595]

Et, presque m'étouffant, m'empêche de parler :

L'encens n'y peut brûler quelque effort que j'essaie ;

La victime à l'autel n'y rend rien de sa plaie

Que quelque goutte ou deux d'une jaune liqueur

Dont la corruption n'a fait faillir le cœur ; [1600]

Mon guide, qu'à ce soin à mon défaut j'emploie,

S'écrie épouvanté qu'il n'y voit point de foie :

Enfin tout n'est qu'horreur et que confusion,

Et tout, Créon, et tout à votre occasion ;

De vous qui renverser les lois de la nature, [1605]

Qui, barbare, aux défunts niez la sépulture ;