Page:Jean de Rotrou-Oeuvres Vol.4-1820.djvu/92

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De vous, qui, vrai Cerbère, ôtant ce droit aux corps,

Empêchez le passage en l'empire des morts ;

Qui, cruel, attaquez qui ne se peut défendre,

Et commandez un mal que vous devriez reprendre. [1610]

Satisfaites les dieux par votre amendement,

Et sachez-moi bon gré ce cet enseignement.


Créon

Sur tout autre votre art me persécute ;

Vous m'entreprenez seul, seul je vous suis en butte.

Il faut bien que cet art, saint et sacré qu'il est, [1615]

Parmi sa pureté mêle quelque intérêt ;

Car le ciel laisse agir l'ordre de la nature,

Et n'a pas toujours l’œil sur une créature.

L'or est un charme étrange, un métal précieux

Qui corrompt toute chose et tenterait les dieux ; [1620]

Mais il faut gagner par moyens légitimes,

Non pas en conseillant l'impunité des crimes,

Non pas en abusant du respect des autels,

Et faisant faussement parler les immortels.


Tyrésie

Qui m'as repris que vous d'en user de la sorte ? [1625]


Créon

Que l'on vous en reprenne ou se taire, qu'importe ?


Tyrésie

Usez-en comme moi ; le ciel sait qui vit mieux.


Créon

Je n'outragerai point un ministre des dieux.


Tyrésie

Vous m'outragez assez m'accusant d'avarice ?


Créon

Peu de gens de votre art sont exempts de vice. [1630]


Tyrésie