Page:Jean de Rotrou-Oeuvres Vol.4-1820.djvu/93

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Et les tyrans encor bien moins qu'eux et que moi.


Cléodomas

Aveugle, savez-vous que vous parlez au roi ?


Tyrésie

Puisque je l'ai fait tel, j'ai droit de la connaître :

Plus aveugle est que moi tel qui ne croit pas l'être.


Créon

C'est bien vous emporter pour un esprit si sain. [1635]


Tyrésie

Enfin je dirai plus que je n'avais dessein.


Créon

Parlez, car il importe au gain de votre vie.


Tyrésie

Bien plus votre intérêt que le mien m'y convie;

Et vous l'allez l'apprendre : avant que le soleil

Laisse en en notre horizon la nuit et le sommeil, [1640]

Vous verrez des effets du malheureux augure

Qui m'a si clairement marqué votre aventure :

La frère mort, privé des honneurs du cercueil,

La sœur vive enterrée, et tout le peuple en deuil,

Appellent d'une voix que ne sera pas vaine [1645]

La justice du ciel sur l'injustice humaine.

La mort de votre fils, ce prince aimé de tous,

Sera le premier fléau qui tomber sur vous ;

D'effroyables remords, mégères éternelles,

Invisibles bourreaux des âmes criminelles, [1650]

Vous persécuteront jusqu'aux derniers abois ;

Et, s'il faut mettre hors tout ce que je prévois,

Un bras victorieux, que votre crime attire,