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Scène IX

Les mêmes, Créon, Éphise, Cléodamas.




Créon

Mon fils, quel désespoir trouble votre pensée,

Et de quel vain regret est votre âme pressée ? [1745]

À quel point vous emporte une funeste amour !

Faites grâce à celui dont vous tenez le jour.


Hémon, tirant son épée

Retirez-vous, barbare ; évitez ma colère :

Je n'ai plus de respect, ni connais plus mon père.

L'état où m'a réduit votre inhumanité [1750]

Ma peut faire passer à toute extrémité.

Voyez, lion régnant, affamé de carnages,

Inhumain cœur humain, voilà de vos ouvrages :

Saoulez ce naturel aux meurtres acharné ;

Tenez, voilà le sang que vous m'avez donné ; [1755]

Ce corps qui fut à vous reste en votre puissance,

Et vous va par sa mort payer ma naissance.


Créon

Barbare, achève donc, achève ton dessein ;

Le coup est imparfait s'il ne passe en mon sein,

Et tu ne meurs pas tout si le jour me demeure. [1760]


Hémon

Bientôt, bientôt le ciel vous marquera votre heure :

Cruel, ne doutez pas que son bras tout-puissant

Ne s'arme tôt ou tard pour le sang innocent ;

Le temps vous apprendra que jamais tyrannie