Page:Jodelle - Les Œuvres et Meslanges poétiques, t. 1, éd. Marty-Laveaux, 1868.djvu/154

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Du pere et fils se pourroient ils bien taire,
Quand à tous deux telle chose a peu plaire,
Lors que le temps nous aura presenté
Ce qui sera digne d’estre chanté (20)
D’un si grand Prince, ains d’un Dieu dont la place
Se voit au Ciel ja monstrer son espace ?
Et si ce temps qui toute chose enfante,
Nous eust offert ta gloire triomphante,
Pour assez tost de nous estre chantee (25)
Et maintenant à tes yeux presentee,
Tu n’orrois point de nos bouches sinon
Du grand HENRY le triomphe et le nom,
Mais pour autant que ta gloire entendue
En peu de temps ne peut estre rendue, (30)
Que dis-je en peu ? mais en cent mille annees
Ne seroyent pas tes louanges bornees,
Nous t’apportons (ô bien petit hommage)
Ce bien peu d’œuvre ouvré de ton langage,
Mais tel pourtant que ce langage tien (35)
N’avoit jamais dérobbé ce grand bien
Des autheurs vieux : c’est une Tragedie,
Qui d’une voix et plaintive et hardie
Te presente un Romain, Marc-Antoine,
Et Cleopatre, Egyptienne Roine : (40)
Laquelle apres qu’Antoine son ami
Estant desja vaincu par l’ennemi,
Se fust tué, ja se sentant captive,
Et qu’on vouloit la porter toute vive
En triomphe avecques ses deux femmes, (45)
S’occit. Ici les desirs et les flammes
Des deux amans ; d’Octavian aussi
L’orgueil, l’audace et le journel souci
De son trophee emprains tu sonderas,
Et plus qu’à luy le tien egaleras : (50)
Veu qu’il faudra que ses successeurs mesmes
Cedent pour toy aux volontez supremes,
Qui ja le monde à ta couronne voüent,
Et le commis de tous les Dieux t’avoüent.