Page:Jodelle - Les Œuvres et Meslanges poétiques, t. 1, éd. Marty-Laveaux, 1868.djvu/172

La bibliothèque libre.
Cette page n’a pas encore été corrigée

Des vents qui l’ont comm’ à l’envi cassee,
Veu que Bacchus un conducteur estoit,
Pour qui Antoine un mesme nom portoit ?
Ne veit on pas d’une flame fatale
Rompre l’image et d’Eumene et d’Atale,
A Marc Antoine en ce lieu dediees ?
Puis maintes voix fatalement criees,
Tant de gesiers, et tant d’autres merveilles,
Tant de corbeaux, et senestres corneilles ?
Tant de sommets rompus et mis en poudre,
Que monstroyent ils que ta future foudre ?
Qui ce rocher devoit ainsi combattre ?
Qu’admonnestoit la nef de Cleopatre,
Et qui d’Antoine avoit le nom par elle,
Où l’hirondelle exila l’hirondelle,
Et toutesfois, en sillant leur lumiere,
N’y voyoyent point ce qui suivoit derriere ?
Vante toi donc, les ayant pourchassez
Comme vengeur des grands Dieux offensez ;
Esjouy toy en leur sang et te baigne,
De leurs enfans fais rougir la campagne,
Racle leur nom, efface leur memoire ;
Poursuy, poursuy jusqu’au bout ta victoire.

OCTAVIEN.
Ne veux je donc ma victoire poursuivre,
Et mon trophee au monde faire vivre ?
Plustost, plustost le fleuve impetueux
Ne se rengorge au grand sein fluctueux !
C’est le souci qui avecq la complainte,
Que je faisais de l’autre vie esteinte,
Me ronge aussi ; mais plus gand tesmoignage
De mes honneurs s’obstinans contre l’aage,
Ne s’est point veu, sinon que ceste Dame,
Qui consuma Marc Antoine en sa flame,
Fut dans ma ville en triomphe menee.