Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/24

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les partis monarchiques. Il était lié d’amitié avec le général de Galliffet.

Son avènement au ministère de la Guerre fut accueilli, par le corps d’officiers, avec satisfaction. On le disait un vrai militaire, nullement politicien. À la Chambre, il était inconnu. Le premier jour où il s’assit au banc des ministres, il me confia qu’il ne connaissait pas dix députés. Ce qui le recommandait à la confiance, c’était d’avoir été choisi par Casimir-Perier dont on savait le goût pour les choses de l’armée.

C’était un grand homme maigre, de belle tenue, l’aspect froid, sévère, les traits accentués, la figure comme taillée à la serpe, le sourire des lèvres un peu forcé, qui s’est contracté plus tard en un rictus violent, les yeux presque toujours mi-clos, gênant par leur absence de regard.

Il était poli, réservé, concentré ; on le sentait énergique. Il suivait avec attention, non sans quelque étonnement d’abord, les débats de la Chambre, étudiant ce terrain nouveau pour lui.

Le jour où l’anarchiste Vaillant lança une bombe, chargée de clous, dans l’enceinte des députés, j’étais assis derrière lui. Un clou rebondit de mon pupitre sur le sien. Il le ramassa au milieu de la fumée et du bruit, me le tendit : « Cela vous revient. » Pas un muscle de sa face immobile n’avait bronché.

II

Son début à la tribune, au cours d’une interpellation de Lockroy « sur l’état de la marine »[1], fut un succès.

  1. 1er février 1894.