Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/276

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mand, tout naturellement, l’en croit coupable, À quelle puissance le traître a-t-il livré, vendu des documents ? L’État-Major allemand l’ignore, eût voulu le savoir ; mais il sait, en tout cas, que ce n’est pas à lui. Son devoir est de le dire. Le comte de Munster reçut du prince de Hohenlohe, chancelier de l’Empire, l’ordre de le déclarer « officiellement et spontanément[1] » à Hanotaux.

Il le lui dit, d’abord dans une de ces causeries familières dont l’élégante portée échappe aux parvenus de la politique[2]. Puis, comme la rumeur publique grondait, toujours plus forte, contre l’Allemagne, l’ambassadeur insista d’un ton plus pressant, affirma, en vieux gentilhomme qui n’a jamais menti, que les agents de son pays n’avaient jamais eu aucun rapport avec l’officier français qui en était inculpé.

Ceci, toutefois, affaiblissait la portée des déclarations du comte de Munster : Schwarzkoppen lui a laissé ignorer son commerce avec Esterhazy, et Hanotaux connaissait l’origine du bordereau.

Un homme d’une intelligence plus haute qu’Hanotaux, moins exclusivement préoccupé de lui-même, sachant, comme il le savait, la fragilité de la preuve alléguée contre Dreyfus, ses protestations, l’impossibilité de trouver un mobile à son crime, cet homme aurait vu cette lueur dans la nuit : que l’officier alsa-

  1. Ce sont les termes mêmes d’une lettre du prince de Hohenlohe, racontant l’incident à un ami personnel qui communiqua la lettre à Scheurer-Kestner.
  2. Rennes, I, 221, Hanotaux : « Dès le milieu de novembre 1894, d’abord dans des conversations auxquelles on attachait une importance secondaire, puis dans une série d’autres conversations beaucoup plus importantes et qui se trouvent enregistrées au dossier, une des ambassades nous a fait des observations sur les bruits qui se répandaient que la dite ambassade était mêlée à cette affaire et que le document initial pouvait provenir des papiers de la dite ambassade. »