Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/346

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V

Le lendemain du jour où le général Saussier reçut le rapport du juge instructeur, il donna l’ordre de mettre Dreyfus en jugement[1].

Le secret absolu, auquel Dreyfus était condamné depuis sept semaines, fut levé. Il fut autorisé à recevoir son défenseur.

Mathieu Dreyfus s’était adressé d’abord à Waldeck-Rousseau. Le grand avocat avait pris, depuis plusieurs années, la résolution formelle de ne plaider qu’au civil. Son talent (tout de raison et de claire méthode) n’est point celui qui convient aux cours d’assises ; il ignore tout des tribunaux militaires. Mais il désigna Edgar Demange, le plus brillant des élèves de Lachaud.

Demange, sans avoir fait de politique active, appartenait, par ses goûts et ses relations, au monde de l’Empire, ami passionné des choses de l’armée, catholique convaincu, et de cette génération du Palais, déjà vieillie, mais pénétrée encore des grandes traditions des Berryer et des Favre, qui avait le culte de la liberté et de la justice. Il était le gendre de ce général Ambert, qui avait joué un rôle dans une erreur judiciaire fameuse, l’affaire La Roncière. Il savait la faiblesse du jugement des hommes, et qu’il n’y a point de droit plus sacré que celui de la défense.

Il vit Mathieu, l’écouta, fut ému de son émotion virile et de son ardente conviction, mais ne consentit à présenter la défense du capitaine qu’à cette condition :

  1. 4 décembre.