Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/351

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


poser de nouvelles souffrances : « Réserve-toi pour nos enfants. »

Il cherche à étouffer le cri de son être brisé, de son cœur déchiré et ulcéré :

« Je ne puis répondre à tous ceux qui s’intéressent à moi, car que leur dirais-je ? Mes souffrances ? Je n’aime pas à me plaindre. D’ailleurs, mon cerveau est brisé, et les idées y sont parfois confuses. Mon âme seule reste vaillante comme au premier jour. »

Plus se rapproche le jour du jugement, plus sa confiance augmente :

« La vérité finira par se faire jour, envers et contre tous. Nous ne sommes plus dans un siècle où la lumière puisse être étouffée… J’ai affaire à des soldats loyaux et honnêtes comme moi-même ; ils reconnaîtront l’erreur qui a été commise… Ma confiance est absolue ; ils m’entendront et me comprendront… Je puis paraître devant eux comme je paraîtrai quelque jour devant Dieu… L’épreuve est grande, mais mon courage ne l’est pas moins. »

Pour défendre tout son honneur, il lui faut toute sa raison, tout son sang-froid. Les pensées les plus chères, il se refuse la joie douce de les caresser ; il les écarte pour ne pas faiblir. Ses enfants, bientôt libre, il va les embrasser. « Mais je ne veux pas me laisser aller, car alors tout se fond en moi. »

Il est heureux de savoir toute la famille réunie autour de sa femme : « Rien ne soutient comme l’affection. » Il remercie les parents qui sont accourus dans ces heures sombres. « Mais je m’arrête, car tous les souvenirs du bonheur que j’avais entre vous, ravivent ma douleur. »