Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/353

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CHAPITRE VIII

LE DOSSIER SECRET

I

La longue durée de l’instruction judiciaire (tout un mois, du 3 novembre au 3 décembre) avait étonné l’opinion. Que de temps pour établir un crime patent, avéré ! Mercier, encore une fois, se serait-il trompé ?

À plusieurs reprises, les journaux officieux annoncèrent la clôture de l’instruction, les aveux « complets » de Dreyfus[1]. Et l’enquête se poursuivait toujours ! Le doute naissait, non pas encore dans les masses profondes, mais dans quelques esprits réfléchis. Ces vague » folles, qui parfois balayent la France, ont leur reflux. Le flot ne baissait pas encore, mais il cessait de monter.

Déjà, au plus fort de la tourmente, quelqu’un avait osé protester contre l’affreuse « prévention morale baptisée, par des esprits légers, du nom d’instinct populaire ou de conscience de la masse ». C’était un poète, Émile

  1. Dès le 17 novembre, dans le Temps : « L’instruction de l’affaire Dreyfus est close. L’officier accusé aurait fait des aveux complets. On assure même qu’on possédait contre lui, dès avant son arrestation, des preuves de sa culpabilité. »