Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/368

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dent de la République[1]. Il chercha dans la maladie un refuge contre la honte.

Munster avait fait tout son devoir ; Schwarzkoppen se déroba devant le sien. S’il ignorait que Dreyfus était accusé d’un des crimes d’Esterhazy, ne sachant rien en effet du bordereau qu’il n’avait pas reçu, il eût pu du moins soupçonner la cause de l’atroce méprise, puisque son agent lui avait révélé à quelle source il puisait ses renseignements. D’un mot il l’eut forcé à avouer son crime par la fuite. Mais il tenait à garder son espion et à rester à Paris.

La Libre Parole entonna un nouveau chant de triomphe : « Le général Mercier, par sa fermeté, par sa franchise brutale et son patriotisme, a eu raison de ses ennemis qui complotaient dans l’ombre[2]. »

IV

Henry place à cette date un singulier incident[3]. Sandherr, le 16 décembre, lui aurait rendu le dossier des pièces secrètes qu’il lui avait fait réunir un mois auparavant ; Henry, après en avoir fermé et paraphé l’enveloppe, l’aurait serré dans son tiroir ; d’où il ne serait plus sorti qu’en 1896, par ordre de Picquart, quand celui-ci devint chef du bureau des renseignements. Récit mensonger puisque, de l’aveu de Mercier, ce dossier fut communiqué aux juges de Dreyfus. Mais Mercier et Boisdeffre, à l’époque où Henry fit ce récit[4], espé-

  1. Rennes, I, 67, Casimir-Perier.
  2. 15 décembre.
  3. Procès Zola, I, 376 et 377.
  4. 12 février 1898.