Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/407

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lieutenant-colonel Echemann, les commandants Florentin et Patron, les capitaines Roche et Freystætter, appartiennent à l’infanterie[1], le commandant Gallet à la cavalerie. Maurel, Echemann, Roche et Gallet sortent des écoles ; les trois autres, du rang. Freystætter, originaire de la Lorraine annexée, engagé à dix-neuf ans dans la légion étrangère, admis à servir plus tard au titre français, a pris part, avec éclat, aux campagnes du Tonkin et de l’Annam. Maurel a été blessé dans l’une des batailles de Metz ; Echemann, à Mentana.

Trois juges suppléants s’assirent derrière le fauteuil du président ; l’un d’eux était le commandant Curé, du 74e de ligne, où il avait pour camarade Esterhazy.

La certitude du huis clos était telle que, malgré le bruit énorme fait autour de la cause et l’extrême curiosité des Parisiens pour tout spectacle, la foule était absente. À peine une trentaine de personnes s’étaient groupées devant la porte[2]. La rue, sous la pluie d’hiver, présentait son aspect habituel. Les journalistes, quelques privilégiés, munis de cartes, vinrent ensuite. La Libre Parole, toujours menteuse, signale la présence de beaucoup de « nez crochus ». Les juifs, surtout, étaient restés chez eux.

Alors que la presse antijuive les dénonçait comme partis en guerre pour sauver le nouveau Judas, prodiguant la menace et l’or, beaucoup, devant la tourmente de haine, s’étaient terrés dans le silence ; l’échine accoutumée, depuis tant de générations, à courber sous les coups, reprenait le pli séculaire ; même quelques-uns, pour faire montre de patriotisme, avaient hurlé, chiens abjects et gras, avec les loups. D’autres, au

  1. Freystætter à l’infanterie de marine.
  2. Autorité du 20 décembre 1894.
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