Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/411

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Il a mis toute son âme dans ces quatre mots, dans cette évocation de l’Alsace. Alsacien et traître ? Oh ! mon colonel !

III

Le greffier ayant donné lecture de l’acte de mise en jugement, on procéda à l’appel des témoins. L’accusation avait cité le général Gonse, Henry, Du Paty, les dix-sept officiers qui avaient déposé à l’instruction de D’Ormescheville, Cochefert, les experts et Bertillon. Ceux de la défense étaient le grand rabbin de Paris, quelques amis personnels et six officiers, camarades ou anciens chefs de l’accusé, qui avaient le courage de ne pas le renier dans l’infortune.

Le commandant Brisset, commissaire du gouvernement, se lève aussitôt[1]. La publicité des débats pouvant offrir des dangers pour l’ordre et pour la défense nationale, il requiert le huis clos.

Demange, depuis plusieurs jours, savait que le huis clos serait prononcé par le conseil : dès lors Dreyfus, si le malheur voulait qu’il fût condamné, resterait, devant l’opinion abusée, l’auteur des trahisons innombrables qui avaient été inventées et colportées par les journaux, alors qu’une seule et unique pièce était toute l’accusation. Si la défense doit être étouffée dans l’ombre, que la France et le monde sachent du moins qu’il n’y a qu’un document au dossier et sur quelle prétendue

  1. Le rédacteur judiciaire de la Libre Parole note dans son compte rendu : « Vif mouvement d’attention : on sait ce qu’il va dire. »