Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/496

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serre le lien entre les socialistes et les antisémites. Cette note ne détonne pas dans le concert des haines ; elle le complète. Les chefs du collectivisme ne seront pas absents de cette foule qui hurle à mort. Ils crient avec elle, dans l’air saturé de folie.

V

De la rue et des officines des journaux, la tempête passa à la Chambre des députés.

Depuis le début de la session d’automne, les débats passionnés s’y étaient succédés. Les orateurs socialistes ne quittaient pas la tribune, infatigables, multipliant les interpellations[1]. Ils avaient combattu le projet de loi sur l’ouverture des crédits pour l’expédition de Madagascar. Cependant le ministère gardait sa majorité, l’aguerrissant dans ces combats de chaque jour. Même Mercier a fait adopter son projet meurtrier sur la constitution du corps expéditionnaire. En vain, au nom de la commission de l’armée, le colonel Guérin et le baron Reille ont démontré que c’est folie d’envoyer dans la grande île des soldats de l’armée métropolitaine, trop jeunes, impropres, malgré leur courage, au service colonial. À ces prophétiques avertissements, Mercier a répondu par des phrases : « Le soldat doit marcher partout où il est appelé, ne doit pas craindre le danger, mais courir à lui et lui dire : Qui que vous soyez, balles boulets, maladies, me voilà et je vais au devant de vous

  1. Interpellations Carnaud (8 novembre), Lavy (10), Prudent-Dervillers (12), Dejeante (13), Lamendin (15), Jules Guesde (24), Dejeante (10 décembre), Millerand (22), Paschal Grousset et Vigne d’Octon (22), Dejeante (24).