Page:Joseph Reinach - Histoire de l’Affaire Dreyfus, La Revue Blanche, 1901, Tome 1.djvu/521

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nel Fayet, major de la garnison. Celui-ci en rendit compte au général Darras qui devait présider la cérémonie[1].

Enfin, quatre artilleurs entrèrent dans la salle : « Voici les hommes qui viennent vous prendre, Monsieur, dit Lebrun-Renaud. — Je les suis, reprit Dreyfus, mais je vous répète, les yeux dans les yeux, je suis innocent[2] »

Et il suivit les soldats.

XII

Lentement, l’immense place d’armes s’était remplie de troupes.

Notre code pénal (militaire ou civil) est plein encore de vestiges des temps barbares. Le supplice y est réputé exemple, l’ignominie ou la sauvagerie d’un châtiment étalé aux yeux un enseignement, et la dégradation d’un officier devant des soldats une leçon de discipline ou de vertu pour les jeunes troupes.

La loi étant formelle, chacun des régiments de la garnison de Paris a envoyé deux détachements, l’un d’anciens soldats en armes, l’autre de recrues en petite tenue, pour assister à la parade. Les élèves de l’École de guerre sont groupés sur une terrasse. Les troupes encadrent la cour. Les commandements militaires, les sonneries des clairons retentissent comme pour une fête.

  1. Figaro du 6 janvier ; Cass., I, 278, Darras ; Rennes, III, 74, Lebrun-Renaud.
  2. Cass., I, 275 ; Rennes, III, 74, Lebrun-Renaud ; Figaro du 6.