Page:Jouffret - De Hugo à Mistral, 1902.djvu/108

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comme il le dit lui-même, par amour filial, parce que sa mère, la jardinière de St Rémy, ne comprenait pas le français, qu’il composa ses premiers vers provençaux. Le Romantisme avait d’ailleurs préconisé la couleur locale, proclamé la liberté de l’inspiration, rendu leurs titres de noblesse aux mots d’origine populaire ou plébéienne. Un Romantique provençal devait être tenté d’interpréter dans la langue de son pays les sentiments que la nature lui suggérait. La versification adoptée par Roumanille, Aubanel et Mistral, la liberté des coupes et dés rejets, la richesse des rimes, tout démontre au surplus qu’il y a eu non seulement influence, mais imitation des modèles français. Le Félibrige a été, comme le Parnasse, un rejeton du Romantisme; comme le Parnasse, il a fait une part considérable à l’érudition, à la linguistique, au folk-lore, à l’inspiration consciente et voulue, et il y aurait un chapitre très intéressant d’histoire littéraire à écrire sur ce sujet: des rapports de la poésie néo-provençale avec la poésie française contemporaine. On ne pourrait que confirmer la thèse que j’ai posée dès le début de cette conférence: la littérature néo-provençale est une branche de la littérature française. Nos poètes provençaux sont de vrais poètes français, et Mistral est le plus grand de tous. Voilà pourquoi, je le répète, ses admirateurs souhaiteraient de le voir admis à l’Académie française, et si les circonstances ne permettent pas d’accomplir ce vœu, l’opinion des lettrés lui attribuera tout au moins le quarante et unième fauteuil.

II. Je n’ai pas à vous raconter ici. Messieurs, l’histoire de la littérature provençale, ni même l’origine et l’évolution de cette renaissance littéraire, dont Jasmin en Gascogne, Roumanille, Aubanel et Mistral en Provence furent les pro- moteurs et les héros. Les esprit lettrés en Allemagne sont tenus exactement au courant de tous ces faits par les travaux de M. Boehmer, de M. August Bertuch, et plus récemment encore de M. Nicolaus Welter et de M. O. Hennicke.