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ANNÉE 1886

aller chercher Augustine à la Chapelle ; nous avons rencontré Théodore qui nous a dit qu’elle était enrhumée et qu’elle ne sortirait pas, en sorte que nous sommes partis seuls, mais nous nous sommes bien amusés. Le Lez est un petit fleuve bordé d’une grande falaise d’un côté, et de l’autre, d’une petite prairie garnie d’arbres. Fernande et moi, nous nous sommes mises en colère contre les petits qui restaient collés à nous. En rentrant, je suis allée chez Augustine.

Je tiens à écrire ici la soirée que nous avons passée à l’école normale[1] le jour de la Sainte-Catherine. Les élèves ont joué l’Avare et les Deux Timides. On a récité aussi quelques petites choses telles que la Vie, le Charpentier, et la Mort de Coligny. Cela m’a fait un drôle d’effet, d’entendre une protestante réciter le Charpentier, car ça finit par ces mots : « Jésus est la vie éternelle » ; si bien que j’ai cru que c’était une catholique ; après la représentation, nous sommes allées manger chez la directrice, Mlle Dominge ; j’ai dévoré.

Aujourd’hui, en fait de promenade, nous sommes allées à la foire ; j’ai fait la gourmande : j’ai mangé deux gaufres et une tranche de coco. En plus, j’ai menti à Fernande en lui disant que j’avais faim. Nous avons vu la paysanne des Vosges qui a raconté un tas de charlataneries pour une certaine huile végétale que son père a inventée et dont les propriétés sont de guérir instantanément. Elle m’a beaucoup amusée en faisant sortir de ma toque une pièce de cent francs. Enfin, je crois qu’elle guérit, mais qu’elle exagère beaucoup. Nous avons aussi vu un homme qui jouait à la balle avec des enfants. Puis, enfin, nous sommes rentrées. Je me suis mise aussitôt à finir de lire le Chaudronnier que j’avais commencé ce matin. J’aime beaucoup cette histoire, seulement, je trouve qu’il est rare de trouver des docteurs comme celui dont il est question.

Demain, nous sommes invitées à aller chez Augustine, chez les Foëx et à l’École normale ; je crois que nous irons d’abord chez les Foëx et ensuite chez Augustine. Je serai très contente,

  1. École normale de jeunes filles.