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JOURNAL DE MARIE LENÉRU

lettre : sûrement, elle va faire sa bouche! Heureusement qu’elle l’a lue pendant la leçon de M. Cabane et que je ne l’ai pas vue le faire, mais quel changement ! Voilà qu’elle a été charmante : une pluie de a minette » ce qui ne lui arrive pas tous les jours, et de plus, j’ai décroché un 10 pour mes dates, mais avec Mlle Clavel, ça ne pouvait pas se passer comme cela ; nerveuse comme elle l’est — et maman l’a bien vu. En allant lui dire au revoir elle avait une palpitation si forte qu’elle en était toute tremblante. Elle a répondu à Tonton Lionel — je voudrais bien savoir ce qu’elle lui dit. Pauvre Mlle Clavel !

La leçon de M. Cabane a été très intéressante ; elle était sur Molière; mais ce que je trouve de très triste c’est que ce pauvre Molière ait terminé sa vie comme pour rire, en jouant le malade imaginaire. C’est tout de même bien heureux qu’il soit français, car aucun pays ne peut lui opposer un rival ; il est universel comme disait un Anglais (mais ça n’empêche pas qu’il est toujours bien français).

Au point de vue morale, je ne me suis pas trop mal comportée, sauf encore quelques horribles petites craques qui m’assomment. Depuis avant-hier, je ne puis pas réussir à ne pas craquer au moins une fois, mais demain aussi faudra voir. J’ai oublié de dire qu’avant-hier soir, nous sommes allées au concert.

jeudi 17 février.

Un mot seulement, avant de dîner : la guerre ! On n’entend parler que de cela. Mon Dieu, mon Dieu ! que ce soit franc au moins ; si ça doit être la guerre, qu’on le sache, qu’on le dise ! — (que j’écris mal, aussi, je suis si pressée) — mais après tout, je ne crois pas que l’on connaisse l’avenir, sans cela, cette bavarde de presse aurait, il y a longtemps, crié cela sur tous les toits ; mais s’il y a la guerre et que je ne puisse servir qu’à faire de la charpie, c’est cela qui ne m’irait pas ! Encore si je pouvais aller dans les ambulances ; maman y aurait été si je n’étais pas là ; quelle scie patriotique ! Comme les enfants sont gênants tout,