Page:Journal des économistes, 1843, T7.djvu/10

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plus besoin des idées, il leur fit la guerre. Sa tâche fut de mettre de l’ordre dans les immenses faits accomplis.

Cependant l’éducation économique des peuples n’était point achevée. Les anciennes traditions osèrent se produire. Des hommes superficiels et orgueilleux tentèrent de nouveau de soumettre à de capricieuses règles la production de la richesse. On posa partout des limites au travail. On mit des entraves à la production de la richesse. Les efforts des travailleurs furent calomniés ; leur émancipation portait ombrage. Le génie de la création, la puissance de l’homme sur la matière fut soumise à des restrictions, à des lois destinées à varier sans cesse, et sans les précautions de la politique, c’en était fait de la liberté du travail !

Ce fut à cette époque que l’illustre J. B. Say écrivit son livre. Plus tard il professa ses doctrines, et réagit avec éclat contre ce retour à l’erreur. C’est contre les derniers efforts de ces infatigables rétrogrades que s’est levé le Journal des Économistes.

Sa tâche est grande encore et multiple. Notre introduction a développé ce qu’elle doit être. Combattre les fausses doctrines, toutes parées qu’elles sont du voile de la philanthropie et de l’amour des classes pauvres, amour qui ne saurait aujourd’hui constituer le privilège d’aucune école ; démasquer l’intérêt privé couvert du manteau de l’intérêt général ; suivre pas à pas l’administration dans ses actes, le pays, le monde entier dans leurs progrès ; faire descendre la science dans les faits ; discuter au point de vue pratique toutes les questions à l’ordre du jour, sans toutefois oublier jamais le principe théorique ; préparer des matériaux pour toutes les lois, pour toutes les grandes mesures sociales, voilà la mission du Journal des Économistes. Sa collection constate qu’il l’a remplie avec ferveur.

Au milieu de l’éparpillement des idées et des croyances, dans un temps où, comme le disait notre introduction, on compte vingt généraux pour un soldat, où l’orgueil insensé des uns n’est comparable qu’à la timide incertitude des autres, ce n’était pas une chose facile que de réunir quelques hommes disposés à attaquer de front, et souvent au prix de quelque popularité, toutes les erreurs de la multitude, tous les rêves dorés enfants des vagues pensées, tous les contrats sociaux des mille réformateurs modernes.

Cette réunion s’est accomplie cependant. Émus du sort qui menaçait l’économie politique, des hommes élevés à l’école des grands maîtres se sont groupés au sanctuaire de la science. Par quelque chemin qu’ils y fussent arrivés, ils reconnurent que leurs vues et leurs tendances étaient les mêmes, l’amélioration du sort du plus grand nombre. — Ils se sont mis hardiment à la tâche, et si, dans le langage serré. et technique des uns, et l’abondance chaleureuse des autres, les esprits superficiels ont cru voir des contradictions, ces anomalies ne sont qu’apparentes, et, dans tous les Mémoires de ce recueil, les plus