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leur conservation personnelle, c’est ce qui les rend généralement cruels. Et puis les peuples dont le développement est imparfait sont sous l’empire d’Esprits également imparfaits qui leur sont sympathiques, jusqu’à ce que des peuples plus avancés viennent détruire ou affaiblir cette influence. »

754. La cruauté ne tient-elle pas à l’absence du sens moral ?

« Dis que le sens moral n’est pas développé, mais ne dis pas qu’il est absent, car il existe en principe chez tous les hommes ; c’est ce sens moral qui en fait plus tard des êtres bons et humains. Il existe donc chez le sauvage, mais il y est comme le principe du parfum est dans le germe de la fleur avant qu’elle soit épanouie. »

Toutes les facultés existent chez l’homme à l’état rudimentaire ou latent ; elles se développent selon que les circonstances leur sont plus ou moins favorables. Le développement excessif des unes arrête ou neutralise celui des autres. La surexcitation des instincts matériels étouffe pour ainsi dire le sens moral, comme le développement du sens moral affaiblit peu à peu les facultés purement animales.

755. Comment se fait-il qu’au sein de la civilisation la plus avancée il se trouve des êtres quelquefois aussi cruels que des sauvages ?

« Comme, sur un arbre chargé de bons fruits, il se trouve des avortons. Ce sont, si tu veux, des sauvages qui n’ont de la civilisation que l’habit, des loups égarés au milieu des moutons. Des Esprits d’un ordre inférieur et très arriérés peuvent s’incarner parmi les hommes avancés dans l’espoir d’avancer eux-mêmes ; mais si l’épreuve est trop lourde, le naturel primitif l’emporte. »

756. La société des hommes de bien sera-t-elle un jour purgée des êtres malfaisants ?