Page:Karenin - George Sand sa vie et ses oeuvres T1.djvu/163

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épouvantails, mais elle croyait cependant un peu à la grand’bête, aux lavandières, à l’affreux diable berrichon Georgeon[1] Elle écoutait avec Le même plaisir que sa petite bande de va-nu-pieds, les contes du vieux chanvreur, c’est-à-dire du paysan chargé de broyer le chanvre pour tout le village. Ce chanvreur, du nom d’Étienne Depardieu, tout en faisant sa besogne dans un hangar ou dans quelque maison déserte, contait, durant les longues soirées d’hiver, les « rustiques légendes » du Berry, de ce Berry d’antan, naïf et illettré, nourri de ses anciennes croyances et superstitions, où, à l’époque de George Sand, se parlait encore cette bonne langue toute semblable au vieux français de Rabelais et où se conservaient les anciens costumes et les habitudes Locales. Le petit poète inconscient, qu’était alors Aurore, aspirait avidement, par tout son être, les récits qu’elle entendait, et la poésie qui s’en dégageait, dont son âme garda à jamais le souvenir. Ainsi, grâce à sa grand’mère, dès son enfance, Aurore prit part à la vie rustique, aux intérêts villageois, dans le vrai sens du mot, et cette connaissance de la vie de la campagne, ce lien qui la rattachait au village, eurent sur la destinée d’Aurore Dupin et les œuvres de George Sand, une portée profonde.

La fillette ne se contentait pas de se mêler aux plaisirs de ses petits camarades, elle participait à leurs travaux, à leurs soucis. Elle voyait de près la vie laborieuse des paysans, connaissait par leurs noms toutes les familles de Nohant, leurs besoins, leurs rapports mutuels, leurs désirs, leurs intérêts et jusqu’à leur façon de penser. Toute jeune elle pouvait s’associer ainsi à leur vie ; plus tard, elle put

  1. Dans la suite, George Sand profita de ces récits pour écrire ses Légendes rustiques et les Visions de la Nuit ; elle les utilisa aussi dans la Petite Fadette, dans Jeanne, Monsieur Rousset, Mouny Robin, etc.