Page:Kervarker - Bardes bretons.djvu/21

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que, ou enfin par quelque riche bourgeois de Galles. Il n’en est rien. L’auteur de la publication littéraire qui fait le plus d’honneur au pays de Galles et qui est incontestablement l’une des plus importantes des temps modernes, n’était ni roi y ni prêtre, ni noble, ni bourgeois, c’était un paysan.

Il s’appelait Owen Jones, et naquit en 1741, au comté de Denbigh, dans la vallée de Myvyr, dont il prit le nom plus tard, suivant une coutume des bardes gallois.

Tout enfant, en gardant ses vaches, il pouvait voir de loin s’élever dans les airs le pic couvert de neiges du Snowdon, ce Parnasse celtique où l’on ne s’endort jamais sans se réveiller inspiré. D le gravit même plus d’une fois, et son heureuse inspiration ferait croire qu’il y a dormi.

Devenu grand, U fut souvent témoin de joutes poétiques sur cette montagne, entre les bardes et les joueurs de harpe des divers cantons du pays : il fut initié par eux à la poésie, à la musique, à toutes les traditions nationales et littéraires de la race celtique, traditions dont l’amour naît pour ainsi dire avec la vie dans le cœur de tous les Gallois ; il apprit des bardes quels dépôts, plus fidèles, plus sûrs et plus complets que leur mémoire fugitive, recelaient les monuments littéraires des anciens Bretons ; et, passant au pied des vieux donjons possesseurs du trésor poétique de sa race, il conçut le hardi projet de le faire connaître au monde.

Par malheur, ces jardins des Hespérides celtiques, si gracieusement ouverts aujourd’hui à quiconque sait toucher aux fruits sans les gâter, avaient alors des gardiens non moins farouches que les dragons de la fable : l’entrée, plus d’une fois promise au savant auteur de l’Archoeologia britannica lui-même, lui avait toujours été interdite ; [1] quelle chance de succès pouvait donc avoir un pauvre paysan ?

Comprenant que la fortune seule lui fournirait le rameau

  1. {{lang|it|Haud semel pollicitus est possessor ; at postea a quibusdam