Page:Kipling - Au hasard de la vie, trad. Varlet, 1928.djvu/129

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LA CITÉ
DE L’ÉPOUVANTABLE NUIT




LA chaleur humide et dense qui reposait sur la face de la terre, comme une couverture, empêchait dès l’abord tout espoir de sommeil. Les cigales s’associaient à la chaleur, et les chacals aboyants aux cigales. Il était impossible de rester assis tranquille dans la maison sombre et sonore, à regarder le panka brasser l’air inerte. Aussi, à dix heures du soir, je posai debout ma canne de promenade au milieu du jardin, et attendis pour voir de quel côté elle tomberait. Elle désigna directement la route illunée qui mène à la Cité de l’Épouvantable Nuit. Le bruit de sa chute effraya un lièvre. Il bondit hors de son gîte et s’enfuit de l’autre côté vers un cimetière mahométan abandonné, où les crânes sans mâchoire et les tibias épars impitoyablement lavés par les pluies de juillet, luisaient comme de la nacre sur le sol raviné. L’air surchauffé et la terre accablante avaient chassé jusqu’aux morts vers en haut pour y chercher de la fraîcheur. Le lièvre se déhancha, renifla avec curiosité un fragment de lampe