Page:Kipling - Au hasard de la vie, trad. Varlet, 1928.djvu/20

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rait non pas du banjo mais du piano ? Il avait aussi le désir de se retrouver chez ses compatriotes, de réentendre un orchestre, et de sentir l’effet que cela faisait de porter de nouveau l’habit. Décidément le mariage serait une très bonne chose. Il réfléchit à l’affaire pendant des soirées, tandis que Georgina chantait pour lui, ou lui demandait pourquoi il était si taciturne, et si elle avait fait quelque chose pour lui déplaire. Tout en réfléchissant, il fumait, et tout en fumant, il regardait Georgina, et dans son imagination la métamorphosait en une belle petite jeune fille anglaise, pétulante, amusante et gaie, avec des cheveux lui descendant bas sur le front et peut-être une cigarette aux lèvres. Mais à coup sûr pas un de ces gros cheroots épais de Birmanie, de la marque que fumait Georgina. Il épouserait une fille avec les yeux de Georgina et la plupart de ses façons. Mais pas toutes. On pouvait trouver mieux. Puis il soufflait par les narines de gros nuages de fumée et s’étirait. Il goûterait du mariage. Georgina l’avait aidé à économiser de l’argent, et il avait droit à six mois de congé.

— Écoute, petite fille, lui dit-il, pendant ces trois prochains mois nous devons mettre un peu plus d’argent de côté. J’en ai besoin.

C’était une injure directe à l’administration ménagère de Georgina ; car elle s’enorgueillissait de son économie ; mais puisque son dieu avait besoin d’argent elle ferait de son mieux.

— Tu veux de l’argent ? fit-elle avec un petit rire. Mais j’en ai, moi, de l’argent. Regarde ! (Elle courut