Page:Kipling - Au hasard de la vie, trad. Varlet, 1928.djvu/21

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à sa chambre et en rapporta un petit sac de roupies.) De tout ce que tu m’as donné, j’en ai gardé un peu. Vois ! Cent sept roupies. Peux-tu avoir besoin de plus d’argent que cela ? Prends-le. Cela me fera plaisir que tu t’en serves.

De ses vifs petits doigts jaune clair elle étala les pièces sur la table et les poussa vers son mari.

Georgie Porgie ne reparla jamais plus d’économies ménagères.

Trois mois plus tard, après l’envoi et la réception de plusieurs lettres mystérieuses que Georgina ne put comprendre, et qu’elle haït pour cette raison, Georgie Porgie lui déclara qu’il allait s’absenter, et qu’elle devait retourner chez son père et y rester.

Georgina se mit à pleurer. Elle serait allée d’un bout du monde à l’autre avec son dieu. Pourquoi la quitterait-elle ? Elle l’aimait.

— Je m’en vais seulement à Rangoun, dit Georgie Porgie. Je serai de retour dans un mois, mais il est plus sûr pour toi de rester avec ton père. Je te laisserai deux cents roupies.

— Si tu ne t’en vas que pour un mois, quel besoin ai-je de deux cents ? Avec cinquante j’en ai plus qu’assez. Es-tu donc mal ici ? Reste, ou si tu pars laisse-moi aller avec toi.

Même à présent Georgie Porgie n’aime pas se rappeler cette scène. À la fin il se débarrassa de Georgina par un compromis de soixante-quinze roupies. Elle ne voulut pas prendre davantage. Puis, par bateau et par rail il s’en alla à Rangoun.

Les lettres mystérieuses lui avaient accordé six