Page:Kipling - Au hasard de la vie, trad. Varlet, 1928.djvu/92

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LA
RANCUNE DE PAMBÉ SÉRANG





SI l’on veut bien y réfléchir, c’était en pareil cas la seule chose que pût faire Pambé Sérang. N’empêche qu’il a été pendu par le cou jusqu’à ce que mort s’ensuive, et que Nurkîd est mort lui aussi.

Il y a trois ans, alors que le steamer Saarbruck, de la compagnie Elsass-Lothringen, était en train de charbonner à Aden, et qu’il faisait comme de juste un temps brûlant, Nurkîd, le gros et gras chauffeur de Zanzibar qui alimentait le second fourneau de droite à dix mètres dans les profondeurs de la cale, obtint la permission d’aller à terre. De simple « fichu gars » (comme on appelle les chauffeurs) qu’il était en partant, il revint dans toute la gloire du sultan de Zanzibar, S. A. Sayyid Burgash, avec une bouteille dans chaque main. Puis il s’assit sur le caillebotis de l’écoutille avant, et se mit à manger d’un plat de riz au poisson salé et aux oignons, tout en chantant les chansons de son lointain pays. Ce plat appartenait à Pambé, le sérang ou contremaître des matelots lascars, qui venait tout justement de se le faire cuire. Il s’était absenté un instant pour emprunter