Page:Kipling - Du cran.djvu/247

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Il regarda par-dessus mon épaule le long de la longue avenue.

« C’est il y a longtemps, et j’ai oublié. J’étais plus âgé que tu n’es, mais j’ai oublié tout de même, et aujourd’hui ce n’est plus qu’un sujet de plaisanterie. »

Adam poussa un gros soupir et fondit en pleurs amers dans mes bras. Puis il leva la tête, et ses yeux étaient les yeux de Strickland lorsque Strickland donnait des ordres.

« Ho ! Imam Din ! »

La grosse ordonnance sembla jaillir de terre à nos pieds, les buissons tout bruissants encore, déjà là, au garde à vous.

— As-tu jamais été battu, toi ? demanda Adam.

— Assurément. Par mon père alors que j’avais trente ans. Il me battit avec un timon de charrue devant toutes les femmes du village.

— Pourquoi ?

— Parce que j’étais revenu au village en permission du service du Gouvernement, et avais dit aux aînés du village qu’ils n’avaient pas vu le monde. C’est pourquoi il me battit pour montrer qu’on a beau voir le monde, on reste toujours père et fils.