Page:Kipling - Du cran.djvu/93

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« La cuisine n’est pas mon fort, commença La Crevette, mais…

— Povres éfants ! Povres éfants ! dit l’étranger sous forme de soliloque, en regardant droit devant lui : Povres petits éfants ! Malfaisant, moi j’appelle ça. On ne vous laisse jamais faire de pain, dites-moi, mon fils ? »

La Crevette déclara que généralement on achetait le pain chez le boulanger.

« Ah ! Je suis boulanger moi-même : Marsh, le Boulanger d’ici, c’est moi. Povres éfants ! Soit ! Soit !… Quoique ce soit contre mon intérêt de le dire, je crois, moi, que les marchands sont du mauvais monde. Ils vendent aux gens des choses de conserve qui leur épargnent de l’ennui, et remplissent après cela les hôpitaux de maladies d’estomac. Et le fumier qu’on vend pour de la farine… (Sa voix se tut, et il se remit à méditer.) Soit ! — soit ! Comme je le disais — Povres éfants ! Povres éfants ! Je suis bien aise que vous ne m’invitiez pas à dîner. Adieu. »

Il s’éloigna comme une boule à travers la fougère, laissant La Crevette muet derrière lui.