Page:Kotzebue - Supplement au theatre choisi.djvu/116

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mon juge… Ah ! ne sois pas pour ta malheureuse mère un juge rigoureux ! vois dans ses malheurs, dans cet état de misère et d’avilissement où tu viens de la retrouver, l’expiation de ses fautes… Ouvre-lui tes bras, et que le sein qui t’a porté, puisse y recevoir un asile.


Frédéric.

Ah ! ma vie vous est consacrée ! … Que le sentiment de vos peines passe dans mon cœur, qu’elles y restent en dépôt ! Que vos maux, vos douleurs, soient mon partage… Ma mère, ne me refusez pas cette douceur.


Wilhelmine.

Eh bien ! mon enfant, tu sauras tout ! mais ne me regarde point, je t’en prie, durant ce récit ; par pitié cache-moi tes yeux. Un seul de leurs regards enchaînerait ma langue… Pour un cœur né vertueux, il est affreux d’avoir à rougir aux yeux de l’innocence.


Frédéric.

Ma mère… je vous obéirai.


Wilhelmine.

Ce village que tu vois de ce côté est le lieu de ma naissance. Mes parens étaient de bons laboureurs, pauvres, mais vertueux. J’étais leur unique enfant, et j’étais leur idole… J’avais à peine quatorze ans, lorsque la dame du château, aussi respectable par son rang que par ses vertus, m’ayant rencontrée un jour à la promenade… me prit en affection ; et ayant demandé la permission à mes parens de