Page:Kotzebue - Supplement au theatre choisi.djvu/119

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mon sort… Mon état, qui de jour en jour, devenait plus visible, commença à me donner les plus vives inquiétudes… Bientôt il ne fut plus un mystère… On me traita durement… surtout lorsque je refusai de nommer l’auteur de ma honte et de mon déshonneur ; on me chassa de la maison avec ignominie ; et lorsque je vins me présenter à la porte de mon père, il refusa de me l’ouvrir… ne voulut point me voir ;… et dans la colère dont il était transporté, je le vis sur le point de lancer, sur sa malheureuse fille, la plus terrible des malédictions… Ma mère le retint… Oh ! cette tendre mère !… Je la vois… je la sens encore me repousser doucement de ses bras… que je tenais serrés entre mes mains… détourner son visage, dont elle cherchait à me cacher l’émotion… me dérober ses larmes, et me faisant signe de la main de m’éloigner… pour me soustraire à la fureur de mon père. Elle détacha de son col une petite médaille d’argent, qu’elle y portait toujours, et me la jeta… (elle la tire de sa poche) la voilà… (elle la baise) jamais elle ne me quittera… J’ai souftert la faim, la soif… j’eusse péri ici de misère, que je n’eusse pu me résoudre à m’en détacher… Restée seule, à l’entrée de la nuit… sans argent… sans abri… j’errais à l’aventure… Tout-à-coup je me trouvai au bord d’une rivière… mon premier mouvement fut de m’y jeter, et de finir ainsi tous mes maux… Une puissance invisible m’arrêta… L’image de ce digne pasteur, qui avait soigné mon enfance, vint se