Page:Kotzebue - Supplement au theatre choisi.djvu/136

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voyager en pays étranger ; ils ne restent dans chaque endroit qu’assez de temps pour en saisir les travers et les ridicules… Notre jeune homme me paraît être un peu dans ce cas… Voyons cependant, ne précipitons rien… Je roule dans ma tête un projet dont il faut que ma fille décide le succès… Le cœur de cette aimable enfant n’a point encore parlé… Il souscrirait aisément à tout ce que je voudrais… Mais mon Amélie m’est trop chère pour que ma seule volonté détermine son choix. C’est celui que fera son cœur qui sera le mien… Je veux qu’elle soit heureuse… Hélas ! ce n’est que dans son bonheur que je puis espérer de retrouver le mien… celui que j’ai perdu… que dis-je ? que je me suis moi-même ravi… volontairement ravi… (il soupire et rêve profondement) Il est temps cependant que je songe à l’établir… Non, non… le nom de Wildenheim que mes ancêtres ont illustré… qu’ils ont si glorieusement porté… dont l’éclat n’a jamais été altéré… ce nom va périr… le dernier souffle de ma vie va l’éteindre et l’effacer ! Ah ! si le ciel m’eût accordé un fils… Le ciel est juste… il a voulu que ce nom, dont je suis si fier, pérît avec celui qui le premier en a souillé la pureté… Mais dissipons, s’il se peut, ces tristes idées… Elles troubleraient ma tranquillité apparente, et j’inquiéterais mon Amélie… La voici.