Page:Kotzebue - Supplement au theatre choisi.djvu/171

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maison, depuis cinquante ans et plus : bonheur, malheur, plaisir, chagrin, j’ai tout chanté. Je célébrai il y a… il y a… oh ! les années n’y font rien : je célébrai, dis-je, par une belle épithalame, le mariage de madame la baronne de Wildenheim, votre respectable maman : l’heureuse époque du jour de votre naissance, ma belle demoiselle : la première fois que je vous tins dans mes bras : toutes les fois que de vos belles petites mains blanches vous m’appliquiez quelques bons soufflets : foutes les fois que sur les genoux de M. le baron votre cher papa.


Amélie.

Mais, mon bon Chrisalde, que venez-vous donc nous annoncer ?


Chrisalde.

Doucement, doucement… Est-ce qu’on fait jamais un récit sans être préparé ? Est-ce qu’il ne faut pas que la voix de l’éloquence assaisonne le discours, et y donne cette grâce, cette tournure, qui seuls en font souvent le mérite ? Depuis quarante-sept ans, trois semaines et cinq jours que j’ai l’honneur d’habiter dans la maison de M. le baron, j’ai toujours tâché de m’acquitter avec honneur et fidélité de l’emploi de poète confié à mes soins : durant ce petit espace de temps, trois cent quatre-vingt-dix-sept, tant vœux, que souhaits, madrigaux, ou chansons, sont éclos de mon cerveau, et ont coulé de ma plume : aujourd’hui, jour à jamais mémorable ! on verra