Page:Kotzebue - Supplement au theatre choisi.djvu/173

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ce matin à la chasse, accompagné de M. le comte de Muller, qui bientôt peut-être, suffit… je m’entends ; Chrisalde n’est pas sot : il y voit clair encore sans lunettes, et je parierais bien que dans peu…


Amélie.

Au nom de Dieu, finissez ! vous me faites mourir d’impatience.


Chrisalde.

Et bien donc, comme je disais, notre bon maître a été ce matin à la chasse : il a couru un lièvre que j’ai eu, moi qui vous parle, l’honneur de rencontrer, et lui d’attraper un second lièvre, qui qui avait voulu voir ce qu’était devenu son camarade, et voilà les chiens après lui. Tudieu ! comme ils couraient ; et Spadille votre favori… c’était lui qu’il fallait voir : votre père, qui n’a que deux jambes, au lieu du chien qui en a quatre, est venu long-temps, long-temps après lui ; et au lieu du lièvre qui court encore ; il n’a trouvé qu’un homme, qui fort honnêtement en apparence, mais fort malhonnêtement en effet, lui a demandé la charité : tout de suite M. le baron, qui est généreux comme un prince, a tiré de l’argent de sa poche, mais le malheureux, par manière de reconnaissance, a tiré son sabre, s’est jeté sur lui ; et sans les chasseurs qui ont accouru, moi, pauvre vieillard, qui n’ai jamais célébré que des événemens heureux, je me serais vu dans la nécessité de composer sur le déclin de mes ans quelque élégie ou touchante épitaphe sur son tombeau.