Page:Kotzebue - Supplement au theatre choisi.djvu/176

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heureux lièvre qui m’échappait, je lui ai donné une bagatelle pour me débarrasser de lui : il a insisté pour que je lui donnasse davantage : je l’aurais pu, je l’aurais dû, je l’aurais dû sans doute ; un seul petit écu qu’il me demandait à genoux, lui eût sauvé un crime : je ne sais comment mon cœur s’est, trouvé fermé à la pitié ; j’ai persisté dans mon refus : tout d’un coup il s’est jeté sur moi, j’ai appelé ; les chasseurs sont accourus, et l’ont arrêté…


Amélie.

Oh ! ils l’ont traité bien rudement.


Le Baron.

J’en suis fâché. Je leur avais bien recommandé le contraire. Ce jeune homme m’inspire un intérêt qui m’étonne : c’est certainement l’effet d’une impression subite, que j’ai éprouvée dans le moment qu’il m’a attaqué. Ce n’était point la peur ; je ne me suis point senti effrayé du tout : lui-même était bien plus ému que je ne l’étais : j’ai senti sa main trembler sous le sabre qu’il tenait sur moi ; alors seulement mes yeux se sont tournés vers lui ; j’ai rencontré les siens ; et son regard qui n’était point farouche, dans lequel on ne distinguait qu’un mélange confus de douleur et de désespoir, son regard a pénétré jusqu’au fond de mon cœur… et lorsqu’on est venu le saisir jusques dans mes bras, que je lui tendais involontairement, comme pour le sauver ; dans ce moment je lui ai entendit prononcer le nom de