Page:Kotzebue - Supplement au theatre choisi.djvu/195

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Le Baron.

Pas mal en vérité ; mais votre langage, cette façon toute particulière de vous énoncer, où l’avez-vous prise ?


Le Comte.

Pas vrai, mon colonel ? pas vrai ? singulier en vérité ! rien d’allemand… rien de vicieux dans ma prononciation, dans mes tours de phrases : aussi depuis cinq ans je m’applique uniquement à oublier ma langue maternelle ; et j’y parviendrai. L’accent un peu fautif encore ; mais à force de mettre la langue à la torture, cela passera : car enfin, il faut l’avouer : la langue allemande est dépourvue de toute espèce de grâces, n’est susceptible d’aucun agrément, n’est exactement bonne à rien ; une langue d’abord, dans laquelle il n’est pas possible de faire l’amour. Une déclaration d’amour en allemand, par exemple, ha ! ha ! ha ! cela serait plaisant ! Vive le français pour la tendresse, pour l’expression.

Pour célébrer la charmante beauté
Dont le cœur se trouve enchanté.

Voyez ! comme tout de suite on trouve dans cette langue le mot propre à la chose ? on chercherait vainement en allemand une phrase qui valût celle-là : aussi nous n’avons rien en fait de littérature, point d’auteurs… (le baron fait un geste d’impatience) Non, monsieur le baron, point d’auteurs, point de génies, rien de saillant : quelques petits historiens par-ci par-là, voilà tout ; un