Page:Kotzebue - Supplement au theatre choisi.djvu/206

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Frédéric.

Un homme puissant, vertueux, honnête, sensible, d’une naissance distinguée, considéré partout, chéri de ses vassaux, faisant du bien à tous, aimant la vertu, d’une éloquence rare à persuader ceux pour qui elle n’aurait point de charmes.


Le Baron.

Et nonobstant tout cela… il abandonne son fils ?


Frédéric.

Il abandonne son fils.


Le Baron.

Mon ami, vous êtes franc ; et je vous en sais gré, d’autant plus, que cet aveu n’est point du tout à votre avantage. Un homme, tel que celui que vous me dépeignez, n’agit que d’après des motifs très-conséquens. Il est impossible que le tort que vous supposez vienne de lui ; et d’après le tableau que vous venez de m’offrir, je suis bien porté à croire que vous êtes le seul coupable ; mais je vois ce que c’est. Vous aurez vécu en jeune homme : du libertinage on tombe dans la débauche ; et il ne me paraît pas du tout étonnant, qu’après bien des remontrances et des exhortations inutiles, votre père vous ait enfin abandonné dans une carrière qui, par les contrariétés et les désagrémens qu’on y rencontre à chaque pas, lui a paru le seul moyen propre à ramener tôt ou tard un jeune écervelé dans le bon chemin.