Page:Kotzebue - Supplement au theatre choisi.djvu/209

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conscience tranquille, me firent goûter le bonheur au sein de l’adversité. Le pain et l’eau, ma seule nourriture, me semblaient plus délicieux que les mets les plus exquis ne le sont à celui qui, n’étant pas en paix avec lui-même, cherche en vain le repos.


Le Baron.

Dieu ! Quelle lumière vient tout-à-coup !… Quel rapport !… Achèves… dis-moi…


Frédéric.

Après cinq ans d’absence, je retournai dans ma patrie, le cœur brûlant du désir de revoir ma mère ; mon imagination enchantée ne me peignait que le bonheur : j’arrive. Je retrouve cette mère chérie, succombant sous le poids de l’infortune et de la misère. Je retrouve ses mêmes vertus ; mais je ne retrouve plus ni sa force, ni son courage, je la tiens mourante dans mes bras. La joie de me revoir ranime un souffle de vie qui lui reste encore, et combat seul l’impitoyable mort, dont je vois la faulx suspendue sur sa tête. Dénuée de tout, sans abri, un pouce de terre est tout ce qui lui reste pour reposer sa tête, et recevoir son dernier soupir. Désespéré, éperdu, je cherche, je promène ma vue ; et ne vois pas d’où nous viendra le secours. Que fait mon père dans ce malheureux instant ? Seul, dans son brillant château, fier de son opulence, encensé par une multitude de flatteurs, à qui il prodigue des biens qui lui sont à charge ? il jouit tran-