Page:Kotzebue - Supplement au theatre choisi.djvu/210

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quillement d’une réputation usurpée. Sa conscience engourdie s’endort à l’odeur de l’encens, et ses vertus factices, exaltées par l’adulation, seront encore célébrées !


Le Baron.

Cruel ! De quels traits tu me perces le cœur ! Achève, au nom de Dieu… au nom de ta mère… dis-moi…


Frédéric.

Qu’il abusa de son ascendant sur un jeune cœur ouvert au plaisir d’aimer ; qu’il y fit naître un sentiment qu’elle eût emporté au tombeau, si le ciel, désarmé par mes prières, ne l’eût conservée à mes vœux ; qu’il se fit un jeu des sermens les plus sacrés ; que ce fut par lui que son malheureux fils, vertueux et innocent, devint tout-à-coup criminel, et finit une carrière, dont l’aurore promettait de si beaux jours à la vertu, dans la honte et dans l’ignominie… Ah ! de tels forfaits ne se rachèteront point par un louis. (Il jette le louis que le baron lui a donné au commencement de la scène.)


Le Baron.

Malheureux ! Par pitié, finis mes tourmens. Nomme-moi ton père.


Frédéric.

Tu dis bien : malheureux… mais beaucoup moins que toi… À tes remords… à ta confusion, au cri de ta conscience, qui enfin se réveille, peux-tu me demander qui est mon père ? Va, ton