Page:Kotzebue - Supplement au theatre choisi.djvu/228

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que légèrement étouffé. Chaque jour, malgré ses efforts, il renaissait de ses cendres, et votre image, qu’il s’efforçait en vain d’éloigner de son souvenir, le poursuivait partout sans relâche ; ce fut dans le dessein de produire, par une absence totale, un oubli devenu nécessaire à son repos, qu’il prit le parti de renoncer à sa patrie, et de se fixer en France : mais ni la distance des lieux, ni le tourbillon du monde auquel il se livra entièrement, ne purent lui faire oublier ses premiers sentimens ; et celui du remords s’étant peu-à-peu glissé dans son âme, détruisit par son fiel la douceur qu’il avait toujours éprouvée en pensant à vous. Il devint triste, sombre, rêveur. Son humeur s’altéra, sa vie domestique ne fut plus qu’un tissu de tourmens : ce fut à cette époque que j’eus occasion de lier connaissance avec lui. Mon commerce lui plût. Aux cœurs affligés, la voix de la sensibilité trouve un accès facile. Le sien cherchait depuis long-temps quelqu’un qui l’entendit, et il ne tarda pas à s’ouvrir à moi. Je devins bientôt son confident et son ami ; et la mort lui ayant peu de temps après enlevé sa femme, il me proposa de venir demeurer avec lui, et me confia l’éducation de sa fille unique. Ce fut alors que, libre de tout lien et de toute contrainte, il s’abandonna dans mon sein à toute sa douleur. Oh ! combien de fois recueillant les pleurs qui coulaient de ses yeux, le cœur gros de soupirs, votre portrait en tiers avec nous, ne s’est-il pas écrié dans