Page:Kropotkine - L Entraide un facteur de l evolution, traduction Breal, Hachette 1906.djvu/107

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et quelques espèces de singes dont le déclin ne fait pas de doute (orangs-outangs et gorilles) ne vit par petites familles errant isolées dans les bois. Tous les autres vivent en sociétés. Darwin a d’ailleurs si bien compris que les singes qui vivent isolés n’auraient jamais pu se transformer en êtres humains, qu’il était porté à considérer l’homme comme descendant d’une espèce comparativement faible, mais sociable, telle que le chimpanzé, plutôt que d’une espèce plus forte, mais non sociable, telle que le gorille[1]. La zoologie et la paléo-ethnologie sont ainsi d’accord pour admettre que la bande, non la famille, fut la première forme de la vie sociale. Les premières sociétés humaines furent simplement un développement ultérieur de ces sociétés qui constituent l’essence même de la vie des animaux les plus élevés[2].

Si maintenant nous nous reportons à l’évidence positive, nous voyons que les premières traces de l’homme, datant de la période glaciaire ou des commencements de l’époque post-glaciaire, prouvent clairement que

  1. The Descent of Man, fin du chap. II, p. 63 et 64 de la 2e édition.
  2. Certains anthropologistes qui se rangent complètement aux théories ci-dessus énoncées en ce qui regarde l’homme, admettent parfois que les singes vivent en familles polygames, sous la conduite d’« un mâle fort et jaloux ». Je ne sais jusqu’à quel point cette assertion est basée sur des observations concluantes. Mais le passage de La vie des animaux de Brehm, auquel on renvoie quelquefois, ne peut guère être regardé comme concluant en ce sens. Il se trouve dans sa description générale des singes ; mais ses descriptions plus détaillées des espèces séparées ne le confirment pas ou le contredisent. Même en ce qui a trait aux cercopithèques, Brehm est affirmatif pour dire qu’« ils vivent presque toujours par bandes et très rarement en familles » (Édition française, p. 5-9). Quant aux autres espèces, le grand nombre d’individus composant chacune de leurs bandes, qui comprennent toujours beaucoup de mâles, rend la famille polygame plus que douteuse. De plus amples observations sont évidemment nécessaires.