Page:Kropotkine - L Entraide un facteur de l evolution, traduction Breal, Hachette 1906.djvu/109

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innombrables, de sorte que nous pouvons reconstituer sous bien des rapports sa manière de vivre. Lorsque la grande calotte de glace de l’époque glaciaire (qui devait s’étendre des régions polaires jusqu’au milieu de la France, de l’Allemagne centrale et de la Russie centrale, et qui, en Amérique, recouvrait le Canada ainsi qu’une grande partie de ce qui forme maintenant les États-Unis) commença à fondre, les surfaces débarrassées de la glace furent couvertes d’abord de marais et de fondrières, et plus tard d’une multitude de lacs[1]. Des lacs remplissaient toutes les dépressions des vallées, avant que leurs eaux aient creusé ces canaux permanents qui, à une époque postérieure, sont devenus nos rivières. Et partout où nous explorons, en Europe, en Asie ou en Amérique, les bords des lacs, littéralement innombrables, de cette période, dont le vrai nom devrait être « période lacustre », nous trouvons des traces de l’homme néolithique. Elles sont si nombreuses que nous ne pouvons que nous étonner de la densité relative de la population à cette époque. Les « stations » de l’homme néolithique se suivent de près les unes les autres sur les terrasses qui marquent maintenant les rivages des anciens lacs. Et à chacune de ces stations les outils de pierre sont trouvés en telles quantités qu’il est certain que ces endroits furent habités pendant des siècles par des tribus assez nombreuses. De véritables ateliers d’outils de silex, témoignant du grand nombre des ouvriers

  1. Cette étendue de la nappe de glace est admise aujourd’hui par la plupart des géologues qui ont étudié spécialement l’âge glaciaire. L’institut géologique russe s’est déjà rangé à cette opinion en ce qui concerne la Russie, et la plupart des spécialistes allemands la soutiennent en ce qui concerne l’Allemagne. Quand les géologues français étudieront avec plus d’attention les dépôts glaciaires, ils ne pourront manquer de reconnaître que presque tout le plateau central de la France était couvert de glace.