Page:Kropotkine - L Entraide un facteur de l evolution, traduction Breal, Hachette 1906.djvu/219

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tous en souffraient plus ou moins ; mais à part ces calamités, tant que les cités libres existaient, personne n’y pouvait mourir de faim, comme c’est malheureusement trop souvent le cas aujourd’hui.

Toutes ces réglementations appartiennent à des périodes avancées de la vie des cités, tandis que dans les premiers temps, c’était la cité elle-même qui achetait toutes les subsistances nécessaires à l’usage des citoyens. Les documents récemment publiés par M. Gross sont tout à fait décisifs sur ce point et confirment pleinement ses conclusions tendant à prouver que les cargaisons de subsistances « étaient achetées par certains officiers civiques, au nom de la ville et distribuées parmi les bourgeois marchands, personne ne pouvant acheter des marchandises débarquées dans le port à moins que les autorités municipales n’aient refusé de les acheter ». Ceci semble avoir été, ajoute-t-il, un usage commun en Angleterre, en Irlande, au pays de Galles et en Écosse[1]. Même au XVIe siècle nous trouvons que des achats communaux de blé étaient faits « pour la commodité et le profit en toutes choses de cette... Cité et Chambre de Londres et de tous les citoyens et habitants d’icelle autant qu’il est en notre

    chant la quantité de pain et de bière qu’on pouvait obtenir d’une quantité donnée de grains. Les archives d’Amiens possèdent les minutes de ces expériences (A. de Calonne, loc. cit., pp. 77, 93). Les archives de Londres également (Ochenkowski, Englands wirthschaftliche Entwickelung, etc.), Iéna, 1879, p. 165.

  1. Ch. Gross, The Guild Merchant, Oxford, 1890, I, 135. Ces documents prouvent que cet usage existait à Liverpool (II, 148-150), à Waterford en Irlande, à Neath dans le Pays de Galles, et à Linlithgow et à Thurso en Écosse. Les textes de M. Gross montrent aussi que les achats étaient faits en vue de distributions, non seulement parmi les bourgeois marchands, mais « upon all citsains and commynalte » (p. 136, note) ou, comme le dit l’ordonnance de Thurso du XVIIe siècle, pour « offrir aux marchands, artisans et habitants dudit bourg, afin qu’ils puissent en avoir leur part suivant leurs besoins et leur habileté ».